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JONCELS - MECLE
27,5 + 2 km


Mercredi 9 octobre, les écrits du jour :
En accord avec Elisabeth, le réveil a été réglé à 6h50 mais à la sonnerie, elle demande un
supplément, je l’ai connue plus courageuse.
Nous avons droit à un super petit déjeuner, la qualité ne faiblit donc pas à la ‘’Villa Issiates’’
Elisabeth décolle à 8h20, mais c’est bien trop tôt pour moi, je n’ai pas eu le temps de fouiller et
refouiller mon sac pour contrôler si tout y est, ni faire 3 fois l’inspection de la chambre et la salle d’eau
pour vérifier que je n’y ai rien laissé. Ces petites manies qui tiennent du T.O.C. m’énervaient au début
pour le temps perdu, maintenant le temps compte beaucoup moins pour moi. J’assume donc mon
T.O.C. avec le sourire.
Heureusement que le temps et la distance ne comptent plus car sur un des premiers
embranchements, je fais le mauvais choix. Encore une chose incroyable, il y a toujours un croisement
lorsque je suis au téléphone et pris par la conversation, j’en oublie quasi systématiquement le balisage.
L’esprit est bien en stand by ! Bilan du coup de téléphone : 15 minutes de grimpette et 10 de descente
au pas de course soit environ 2 km pour rien. Je préviens Elisabeth qu’elle ne m’attende pas. Marque
de confiance extrême de sa part, elle a fini par me confier son numéro de portable.
Je la retrouve à un autre embranchement qu’elle considère mal balisé. Elle m’y attend, ne voulant
pas courir le risque d’une nouvelle erreur de ma part. C’est vrai que depuis Saint-Guilhem, lorsque
nous marchons ensemble, je me repose beaucoup sur sa vista du balisage. Moi, je suis plus dans
l’intuition, je sens le bon chemin avant même d’avoir vu le balisage m’y engageant sans vérification.
Mon sens de l’orientation et mon intuition sont presque infaillibles. Mais ‘’Presque’’ n’est pas
‘’Totalement’’, et en matière de randonnée, la différence entre ces deux qualificatifs est énorme.
Enorme en heures de marche et kilomètres perdus à tourner en rond. Elisabeth préfère assurer. J’ai
trouvé un guide.
Belle étape de montagne aujourd’hui, j’ai comptabilisé à peu près 6 heures de montée. 3 cols et des
passages à près de 1000 m, moi qui aime quand ça monte, aujourd’hui aura été un vrai régal. Tout y
était : Pas de bitume mais des sentiers très variés, des paysages de montagne grandioses (La montagne
noire au loin).
Elisabeth, trouve un peu longues les dernières cotes, et j’use de stratagèmes pour la motiver : <<Je
te parie que derrière le virage que tu vois là-bas, c’est la descente.>> Des paris, comme ça, j’ai dû en
perdre au moins 20 dans la journée. Elle ne me croit plus mais au moins ça lui redonne le sourire.
La descente sur Mecle est donc la bienvenue en cette fin d’étape montagneuse. Nous y rencontrons
alors un extra-terrestre : Un jeune d’une vingtaine d’année monte à notre rencontre avec un sac à dos
immense et sûrement très lourd qui dépasse d’au moins 30 cm au-dessus de sa tête si bien que nous
voyons le sac monter vers nous en oscillant comme le pendule d’un métronome. Il est déjà 16 heures,
pourquoi attaquer la montée à cette heure tardive. Il nous confie qu’il se rend à Montpellier pour ses
études et qu’il est bien chargé parce qu’en plus de ses affaires, il a tout ce qu’il faut pour bivouaquer,
ce qu’il fera d’ailleurs ce soir. Nous lui souhaitons bon chemin à défaut de bonne nuit, parce que
franchement, son bivouac en solitaire à 1000 m d’altitude cette nuit…nous ne l’envions pas.
L’entrée du gîte ‘’Les Amoureux du Chemin’’ ne peut être plus proche du GR, il y a même une
balise sur le muret de l’escalier. Mecle est un hameau de montagne très traditionnel, tout en pierre du
pays. Michel, notre hospitalier du jour, nous fait la visite. Il nous montre le dortoir prévu pour 4
personnes et la salle de bain. La cuisine et la salle à manger sont de l’autre côté du chemin, il nous y
offre le pot de bienvenue. Ce soir encore, nous serons les 2 seuls pèlerins à occuper ce gîte.
A 19h30, Michel nous accueille dans la salle à manger. Avant de nous servir, il tient à nous
expliquer sa démarche, pourquoi il a créé cet hébergement et quels sont ses espoirs. Ce garçon nous
dévoile un coin de sa vie. Il n’a pas 30 ans mais parle comme un sage. Il nous explique l’admiration
qu’il tient pour son frère, il le vénère comme un saint. Il dit avoir accédé à la sagesse grâce à lui. A
aucun moment pourtant ne percera son appartenance religieuse. Il nous laisse seuls pour déguster,
mais chacune de ses apparitions pour le service est l’occasion d’approfondir nos échanges. Ce garçon
met son humanisme en application tant dans sa vie familiale et professionnelle, que dans cette activité
qu’il a développée en 2008 : l’accueil des pèlerins. Je suis touché par cet humanisme, par sa
conception de la vie. Avec Michel nous entrons véritablement en communion, l’émotion finit par nous
gagner.
Avant de quitter Michel, Elisabeth demande si l’église pourra être visitée demain matin avant que
nous quittions Mecle. Michel nous trouve une clef, nous devrons la laisser demain en partant sur la
table du gîte. Nous décidons alors de poursuivre cette soirée débutée dans la spiritualité en visitant
l’église du hameau ce soir même. C’est donc avec ma seule lampe frontale que nous y pénétrons, bien
tard. Heureusement qu’il n’y a pas de police ici, on pourrait nous prendre pour des pilleurs d’église.
Celle-ci est très petite et très peu éclairée, la visite est donc rapide, mais d’un commun accord, nous
nous asseyons pour un long moment de silence. Ma frontale éteinte, seules quelques ampoules imitant
des bougies éclairent faiblement l’autel. Cette parenthèse totalement incongrue à cette heure, dans
cette petite église constitue encore un autre moment de grâce et rend cette soirée inoubliable.
Mes commentaires au retour :
L’histoire du nom du gîte ‘’Les Amoureux du chemin’’ fait un peu l’objet d’une légende. J’ai
rencontré quelques pèlerins et hospitaliers qui avaient une version différente de celle que je croyais
avoir retenu lors de mon passage à Mecle.
J’ai demandé à Michel de me raconter précisément cette belle histoire Voici le texte que m’ont
envoyé Nathalie et Michel, merci à eux, c’est une très belle histoire d’amour :
Au jour de l’ouverture du gîte, alors que nous étions dans la rue, deux pèlerins descendaient sur le
chemin, ils avaient réservé à Saint-Gervais/Mare, mais ils ont bien voulu faire une petite halte sur la
terrasse du gîte et nous donner leur avis sur les locaux et l’équipement, ils nous ont conté l’histoire de
leur rencontre.
Pierrot en faisant la voie d’Arles rencontre une jeune femme d’une vingtaine d’années plus jeune.
Ils parcourent ensemble 2 ou 3 étapes, puis quand leur chemin doit se séparer, ils échangent leurs
coordonnées.
Quatre ans plus tard, Pierrot refait le chemin, toujours sur la voie d’Arles, cette fois, il rencontre
une femme de son âge pour laquelle il a une attirance physique. Cette dame, Lulu, est Québécoise et
lorsqu’elle lui donne son nom de famille, ça l’interpelle et il vérifie sur son carnet d’adresses. Même
nom, même adresse, en fait Lulu était la mère de la jeune fille rencontrée 4 ans auparavant, pourtant
le Québec est grand !
Tout en racontant leur histoire, Lulu nous fait une belle aquarelle sur la première page de notre
livre d’or, un couple de pèlerins se tenant par la main avec écrit au-dessus ‘’les Amoureux du
chemin’’
Ils nous expliquent que Lulu fait ce dessin tout au long du chemin.
Nous avons adoré la rencontre avec ces 2 pèlerins et nous nous sommes dit que nous pourrions
leur demander d’utiliser leur aquarelle comme nom et tampon de notre gîte. Le lendemain je les ai
rejoints sur le chemin, je leur ai demandé et ils ont accepté. Depuis ce jour, notre gîte s’appelle donc
‘’les Amoureux du Chemin’’ et nous avons eu le plaisir de les recevoir alors qu’ils reprenaient le
chemin.
Depuis ce jour, les rencontres extraordinaires se sont succédées…

 

Merci Jean Michel

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